Apollo 11 : les astronautes ont suivi un entraînement spécial pour ne pas dire de gros mots


Diffusées en direct à la télévision devant des centaines de millions de personnes, les missions Apollo imposaient à leurs astronautes de surveiller leur langage. Pourtant, la transcription de la mission Apollo 10 contient des dizaines de gros mots, et la Nasa a fini par prendre le problème très au sérieux.

  • Lors de la mission Apollo 10, les astronautes ont utilisé beaucoup de gros mots pendant leurs échanges.
  • La NASA a pris ce problème au sérieux avant la mission Apollo 11, très médiatisée.
  • Le langage vulgaire a nettement diminué lors d'Apollo 11 et des missions suivantes.
  • Les astronautes restent calmes et professionnels sur les missions récentes comme Artemis II.

La célèbre phrase de Neil Armstrong, « C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité », est connue de tous. Beaucoup moins familière est cette réplique prononcée lors de la mission Apollo 10, en mai 1969 : « Putain de merde, j’aime pas rester en orbite lunaire comme ça. » Trois astronautes de la Nasa ont fait le tour de la Lune avant de revenir sur Terre, sans se poser. Lors de cette répétition générale d’Apollo 11, le module lunaire est tout de même descendu jusqu’à environ 15 kilomètres de la surface.

Si la mission s’est parfaitement déroulée, elle a aussi été marquée par de nombreuses grossièretés. Gene Cernan, pilote du module lunaire, en a prononcé plusieurs, tout comme John Young, pilote du module de commande, qui a lancé : « Je veux que tu regardes par cette foutue fenêtre ». Le commandant Thomas Stafford, lui, s’est exclamé : « Merde, est-ce qu’on a tout enregistré ? »

Des jurons dans les archives

La transcription complète des échanges d’Apollo 10 est disponible en ligne. On y relève des dizaines de « bitch », « damn », « hell » ou « shit » sur quelque 500 pages. De quoi nuancer l’image des astronautes toujours calmes, respectueux et mesurés.

Les échanges de la mission ont été en partie retransmis en direct en 1969. Selon la Nasa, plus d’un milliard de personnes ont regardé au moins une partie de ces retransmissions, qui ont aussi diffusé les premières images en couleur depuis l’espace. Lorsque le module lunaire Snoopy s’est mis à tournoyer juste après le largage de son étage de descente, Gene Cernan a lâché un « son of a bitch » qu’il a dû présenter ses excuses pour avoir prononcé en conférence de presse à son retour.

Apollo 11 : les astronautes ont suivi un entraînement spécial pour ne pas dire de gros mots

Les astronautes de l’époque étaient avant tout des militaires, habitués à ce langage au quotidien. Cette ambiance de caserne ne plaisait pas à tout le monde. Selon un article du Daily Mail, Larry Poland, président du Miami Bible College, avait écrit au président Richard Nixon pour lui signaler que de nombreuses personnes de son entourage avaient été très choquées par ce langage, jugé de « très mauvais goût ».

Un langage plus surveillé

Le langage de l’équipage a été critiqué à l’époque, même si ses défenseurs soulignaient qu’il était difficile de reprocher ses mots à des personnes stressées à des centaines de milliers de kilomètres de chez elles. Le problème a suffisamment préoccupé la Nasa pour qu’elle demande à l’équipage suivant de mieux se contrôler pendant son vol.

Apollo 11 devait, en juillet 1969, poser pour la première fois des astronautes sur la Lune, sous les yeux de centaines de millions de téléspectateurs. Environ 600 millions de personnes ont suivi en direct les premiers pas sur la Lune, soit un cinquième de la population mondiale de l’époque. La mission comptait aussi de nombreuses opérations délicates, autant de moments de stress propices à un juron involontaire.

La consigne semble avoir porté ses fruits. Dans la transcription d’Apollo 11, le nombre de grossièretés a nettement baissé, avec à peine un « damn good » ou un « jerking around ». Selon un décompte de l’Orlando Sentinel, on en compte moins de quinze, pour la plupart prononcées par Michael Collins, Buzz Aldrin n’en ayant prononcé qu’un et Neil Armstrong aucun, contre plus de 200 pour Apollo 10.

Les missions lunaires suivantes ont elles aussi été très peu vulgaires, à quelques dérapages près. Le plus connu date d’avril 1972, sur Apollo 16. Dans le module lunaire posé sur la Lune, John Young a pesté contre le jus d’orange enrichi en potassium qui lui donnait des flatulences, sans savoir que son micro était resté ouvert. Le centre de contrôle a tout entendu, et la presse a repris l’histoire.

En avril 2026, la mission Artemis II n’a suscité aucune polémique de ce genre, et les astronautes sont restés calmes tout au long de leur voyage. La Nasa vise pour 2028 le prochain séjour sur la Lune, avec la mission Artemis IV.