Condamnée le mercredi 21 octobre 2026 par le tribunal judiciaire de Paris à une astreinte de 1 000 euros par jour, la fondation suisse Quad9 coupera son résolveur DNS 9.9.9.9 en France le 24 novembre 2026. Elle refuse de bloquer 58 sites qui piratent des matchs de tennis diffusés par beIN Sports.
Les utilisateurs qui ont réglé leur box, leur ordinateur ou leur smartphone sur ce résolveur DNS gratuit vont devoir trouver une alternative. Dans un billet de blog publié le 22 octobre 2026, la fondation suisse qui gère le service annonce qu'elle quitte la France.
Un résolveur DNS fonctionne comme un annuaire : il traduit le nom de domaine d'un site web recherché en adresse IP du serveur qui l'héberge. Les opérateurs utilisent le leur par défaut, mais chacun peut choisir celui qu'il souhaite.
Le jugement rendu le 21 octobre condamne Quad9 à 1 000 euros d'astreinte par jour tant qu'elle refuse de bloquer une liste de 58 noms de domaine associés à des sites pirates. Cette obligation court jusqu'au 14 novembre, date à laquelle la mesure de blocage prend fin. L'information a d'abord été relayée par L'Informé.
Tout remonte à une décision du 13 mai 2026. Ce jour-là, à la demande de la chaîne beIN Sports France, la justice a ordonné à plusieurs résolveurs, dont Google, DNS4EU et Quad9, d'empêcher l'accès aux sites diffusant illégalement des matchs du circuit féminin WTA. La liste, qui comptait d'abord six noms de domaine, est ensuite passée à 58. Google et DNS4EU, le résolveur soutenu par l'Union européenne, ont appliqué l'ordre, contrairement à Quad9.
Début septembre, beIN Sports a de nouveau assigné la fondation, en réclamant 580 000 euros par jour, soit 10 000 euros pour chaque domaine encore accessible. Le tribunal a finalement ramené l'astreinte à 1 000 euros par jour au total.
Les particuliers ne sont pas les seuls concernés. Dans son billet, Quad9 publie une liste partielle des réseaux français depuis lesquels elle observe du trafic vers son résolveur, parmi lesquels la SNCF, EDF, la direction interministérielle du numérique (Dinum), France Télévisions, le réseau des universités (Renater), France Travail, Vinci, Thales, Dassault Systèmes et des collectivités territoriales.
Et finalement astreinte (mais ramenée à un niveau plus raisonnable), l'intermédiaire technique n'ayant pas été en mesure de documenter les diligences accomplies (vs les autres fournisseurs)
Jamais l'idée du siècle que de ne pas tenter d'exécuter.https://t.co/luIdquh23Z https://t.co/PEZlAOzbkX pic.twitter.com/Cxiy7tTMU0
— Alec ن Archambault (@AlexArchambault) October 21, 2026
Pourquoi Quad9 préfère partir plutôt que payer ?
Au regard des sommes en jeu, l'addition peut sembler modeste. Selon le calcul de Quad9, l'astreinte atteindra au plus 24 000 euros d'ici au 14 novembre, hors frais d'avocat, très loin des 580 000 euros par jour réclamés par beIN Sports. La fondation affirme pourtant que la question n'a jamais été uniquement financière et met en avant des obstacles techniques.
Quad9 explique d'abord qu'elle ne peut pas appliquer le jugement, son service ne demandant ni compte ni identité à ses utilisateurs. Il n'existe donc aucune liste d'usagers français sur laquelle s'appuyer. Quant au filtrage par géolocalisation de l'adresse IP, la fondation l'a déjà testé lors de son procès contre Sony Music en Allemagne, entre 2021 et 2023. La maison de disques a contourné ce blocage avec un VPN, et le tribunal a sanctionné Quad9 pour non-respect de la décision. La fondation a fini par gagner le procès, au prix de plusieurs années de combat et de centaines de milliers d'euros de frais.
Quad9 reconnaît qu'un blocage des 58 noms de domaine pour l'ensemble de ses utilisateurs, dans le monde entier, satisferait le tribunal. Elle refuse toutefois d'imposer à la planète entière une décision de justice française, prise à la demande d'une entreprise privée. Le départ de la France rappelle celui d'OpenDNS, le résolveur de Cisco, qui a quitté le pays le 28 juin 2024 après une procédure du même type lancée par Canal+. Quad9 fait par ailleurs face à une vingtaine d'autres procédures en France, visant elle et d'autres résolveurs, qui exigent le blocage de centaines de noms de domaine.
La fondation souligne enfin que bloquer un nom de domaine chez un résolveur ne supprime aucun contenu piraté, qui reste en ligne sur ses serveurs. La bascule vers un VPN ou un autre résolveur rétablit l'accès.
Que faire si vous utilisez 9.9.9.9 ?
La première étape consiste à vérifier les réglages DNS de la box, du PC (Windows, macOS ou Linux) et du smartphone. Les adresses à repérer sont 9.9.9.9 et 149.112.112.112, ou 2620:fe:fe et 2620:fe:9 en IPv6. Les variantes du service, comme 9.9.9.10, sans filtrage des menaces, seront elles aussi coupées. Sans changement de configuration, les sites paraîtront inaccessibles après le 24 novembre, alors que la connexion fonctionnera.
Malgré son départ annoncé, Quad9 a fait appel du jugement. La fondation demande aux internautes français d'interpeller leurs députés ainsi que l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel et du numérique.








