À Marolles-les-Braults, commune sarthoise d’environ 2 000 habitants, la mairie revendique le titre de « première mairie de France ouverte 24h/24 et 7j/7 ». Grâce à un espace citoyen développé avec l’entreprise Nouvelle Époque, les habitants peuvent engager leurs démarches en ligne à toute heure, dans le but de mieux toucher la population active.
Trouver un créneau pour se rendre en mairie quand on travaille toute la semaine relève parfois du casse-tête. « On a du mal à toucher la population active, on ne la voit pas beaucoup en mairie », explique à Numerama Jonathan Cholet, directeur général des services. L’espace citoyen permet de déposer un dossier d’urbanisme, de réserver une salle des fêtes ou de gérer les inscriptions à la cantine depuis un ordinateur ou un téléphone.
Le sens de la formule est précisé : il est numérique. Les agents ne travaillent pas la nuit derrière le guichet, mais les habitants peuvent lancer leurs démarches sans attendre l’ouverture des bureaux.
Digitaliser la première mairie de France
Le projet ne répond pas, au départ, à une demande explicite des administrés. Il naît du constat que les horaires des services municipaux s’accordent mal avec ceux d’une partie de la population, ainsi que d’une rencontre sur les réseaux sociaux. « Nouvelle Époque avait un projet de digitaliser en totalité la première mairie ou ville de France », raconte Jonathan Cholet. Un premier contact a eu lieu fin juillet, puis le travail a véritablement commencé fin août. Deux mois plus tard, la commune disposait d’un outil commun aux habitants et aux agents.
La commune affirme avoir transposé en ligne l’ensemble des démarches proposées à son guichet, dans les limites de ce que permet la réglementation. Cela ne signifie pas que toutes peuvent être achevées à distance, ni qu’une demande déposée le dimanche sera immédiatement validée. Certains dossiers nécessitent toujours un examen par les agents, et certaines formalités une présence physique. « Demain pour se marier, il va bien falloir encore venir physiquement en mairie », ironise Jonathan Cholet.
À la cantine, deux heures de tâches administratives en moins
La mairie indique avoir regroupé dans une seule interface des tâches auparavant réparties entre plusieurs logiciels, afin d’éviter de recopier les mêmes informations d’un outil à l’autre. L’exemple le plus concret concerne la cantine scolaire : les parents peuvent signaler l’absence de leur enfant jusqu’à 8 h 30 le matin. Le nombre de repas à préparer est ensuite transmis automatiquement aux équipes, avec une répartition par service et par classe, et les informations nécessaires à la comptabilité suivent le même chemin.
« On avait une responsable de cantine qui passait une heure le matin à relever les présents et les absents dans les classes, et une heure l’après-midi à transmettre à la comptabilité », rapporte Jonathan Cholet. Selon lui, ce temps peut désormais être consacré aux enfants ou à des projets axés sur le contact humain. À l’échelle d’une mairie qui compte six personnes, il estime que ces automatisations permettront de dégager l’équivalent du travail d’au moins deux agents. Il s’agit d’une estimation des gains à venir : « Il ne s’agit pas du tout de supprimer des postes. »
Selon la collectivité et Nouvelle Époque, l’intelligence artificielle n’intervient que via un chatbot propulsé par les modèles français de Mistral AI, destiné à répondre aux questions basiques des usagers. Le reste relève de l’automatisation classique de flux et de la génération documentaire.
Un écosystème fermé et un guichet physique maintenu
Sur le plan technique, Nouvelle Époque assume une approche fermée. Avant cette refonte, le site municipal tournait sous WordPress, une plateforme jugée trop exposée aux attaques automatisées. L’entreprise a donc développé son propre code propriétaire modulaire, déployé sur un serveur dédié par collectivité et hébergé chez OVH en France. « On a imaginé l’écosystème d’Apple, où la marque a un système fermé, protégé et maîtrise toute la chaîne », détaille Alison Tartary, directrice générale de Nouvelle Époque.
La société indique avoir banni Microsoft 365 ainsi que les solutions tierces non françaises, et prévoit de déployer prochainement un système d’exploitation propriétaire sur mesure pour verrouiller les postes de travail municipaux. La mairie ne stocke ni identifiants ni mots de passe : l’authentification citoyenne repose sur FranceConnect, et les agents utilisent ProConnect. Le budget, lui, prend la forme d’un abonnement annuel. Les montants n’ayant pas été communiqués, l’économie nette ne peut pas être chiffrée à ce stade.
Pour les administrés éloignés des écrans, la commune a installé une grande tablette tactile munie d’un clavier à l’accueil de la mairie, où un agent les guide. « On ne fait pas à leur place », souligne le responsable territorial. L’objectif est de les rendre autonomes sur d’autres portails publics, comme Ameli ou les impôts. Nouvelle Époque indique être en contact avec « 5 à 6 » communes souhaitant franchir le cap d’ici la fin d’année.








