Covid et eaux usagées : Cannes choisit les technologies innovantes et l’expertise du Réseau Comète


Alors que le SRAS-CoV-2 circule toujours activement et que les variants font peser des menaces nouvelles, le gouvernement continue de miser sur la stratégie « tester, tracer, isoler », en tentant en parallèle de gérer au mieux le manque d’anticipation de l’UE sur les commandes de vaccins.

Covid et eaux usagées : Cannes choisit les technologies innovantes et l’expertise du Réseau Comète

Les tests nasopharygés, une facture de 4 milliards d’euros pour la Sécurité Sociale

Pour réussir à isoler les personnes contaminées, il convient de tester. Après avoir échoué au printemps 2020, comme pour les masques, la mise à disposition des tests, le ministère de la Santé prétend aujourd’hui que la France soit devenue la championne du monde de l’usage des tests, qu’ils soient PCR, antigéniques ou désormais salivaires.

Ce résultat se fait d’ailleurs sentir dans les comptes publics : le 14 janvier 2021, l’Express estimait le coût du remboursement par la Sécurité Sociale à près de 3 milliards d’euros. La facture serait de près de 4 milliards d’euros à ce jour. Si on accepte qu’on puisse lutter contre le Covid-19 et ses variants « quoi qu’il en coûte », cette stratégie du test, massif et remboursé, est-elle payante ?

La Moselle, Dunkerque sauvés par l’analyse des eaux usées conduite par le Réseau Comète

Lorsqu’on obtient le résultat positif d’un test nasopharyngé, est-il trop tard pour remonter la chaîne des contacts de la personne concernée et pour tracer et isoler avec efficacité ? Les situations récentes et très médiatisées de la Moselle et de Dunkerque méritent à cet égard d’être bien prises en compte : un nombre de résultats ponctuels positifs jugés anormal incite les autorités à lancer des campagnes massives de nouveaux tests, qui donnent une augmentation forte de nouveaux cas au motif que « plus on teste, plus on fait émerger des cas positifs ».

Dès lors la machine politico-administrativo-médiatique se met en route : il faut confiner immédiatement et drastiquement la Moselle et Dunkerque, malgré les conséquences connues de ces mesures extrêmes en termes économiques, sociaux et psychologiques. Si le ministère de la Santé n’a alors pas pu concrétiser sa volonté de mise sous cloche de ces deux territoires, c’est que le président de la République Emmanuel Macron a souhaité expérimenter une nouvelle solution qui venait de lui être présentée : l’analyse des eaux usées mise au point notamment par le Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille (BMPM) qui permet de détecter de manière très localisée le Covid-19 et ses variants avec une semaine d’avance sur les tests nasopharyngés.

Le BMPM a ainsi été dépêché sur place par l’Elysée. Les analyses conduites en Moselle et à Dunkerque ont permis de confirmer l’intuition de Emmanuel Macron, à savoir qu’il s’agissait de foyers isolés, et non d’une contamination générale à l’échelon d’un département ou d’une ville. En 48 heures, les marins-pompiers du BMPM ont pu conduire des prélèvements dans les stations d’épuration, analyser et cartographier les quartiers où les variants circulaient le plus, et identifier précisément les sites contaminés, complétés d’études de surface et de tests PCR ciblés dans les sites particulièrement contaminés. Des actions de décontamination ciblées ont dès lors pu être conduites. En moins de 48 heures, les clusters ont été évités, le coup de chaud médiatique a pris fin, les populations et élus locaux ont été rassurés, la vie économique et sociale a été autant que faire se peut préservée.

Vendredi 26 mars, le maire de Cannes David Lisnard a annoncé que sa ville rejoignait le Réseau Comète, conduit notamment par le Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille (BMPM), l’entreprise bretonne OpenHealth et le lyonnais BioMérieux pour mettre en place, à compter du 12 avril 2021, un dispositif de sécurité sanitaire, suivant la circulation du Covid et de ses variants grâce à l’analyse des eaux usées. Avec le déploiement de cette technologie nouvelle, l’ambition du maire est de gagner en efficacité tout en limitant le coût des tests, de rassurer sa population, et de relancer la vie sociale et économique en montrant aux touristes et congressistes que Cannes se dote de moyens technologiques nouveaux mais d’ores et déjà éprouvés pour endiguer la circulation des virus. C’est ainsi que l’analyse par le Réseau Comète des eaux usées et des surfaces portera plus particulièrement sur le Palais des Festivals, l’hôpital, les maisons de retraite, les écoles, les copropriétés, les entreprises et les hôtels.

Un service opérationnel à compter du 12 avril

La ville de Cannes bénéficiera dès le 12 avril 2021 d’un suivi quotidien de la station d’épuration Aquaviva, d’une veille ciblée de sites sensibles permettant de prévenir l’émergence de clusters et d’une veille territorialisée hebdomadaire incluant le suivi de la progression des variants. L’objectif ? Avoir ainsi les éléments pertinents pour une prise de décision efficiente qui pourra être complétée par la réalisation de tests surfaciques pour retracer et isoler d’éventuels contaminants. Le test grandeur nature de tests surfaciques réalisé lors de la conférence de presse par le BMPM dans les bureaux de la mairie de Cannes a d’ailleurs convaincu tous les participants puisque les marins-pompiers ont pu repérer la présence de virus dans un des bureaux en moins d’une heure. D’ici au 12 avril prochain, le BMPM formera les agents de la réserve communale afin qu’ils deviennent autonomes pour conduire ces analyses.

Si la veille des eaux usées est déjà réalisée par le réseau Obépine pour donner des tendances, le Réseau Comète propose ici un dispositif plus opérationnel, permettant de passer à l’action immédiatement en allouant des ressources sur le terrain de façon ciblée, dès que la menace se précise. Dans l’agglomération cannoise, le dispositif fera intervenir les groupes Suez et Veolia pour alimenter la plateforme du Réseau Comète avec leurs résultats d’analyses.

La ville de Cannes pourrait d’ailleurs devenir un exemple pour les 27 États membres de l’UE et leurs collectivités locales, la Commission venant de recommander que le suivi du coronavirus dans les eaux usées devienne une priorité.